Le problème de l'insight - 1

Introduction

 

Qu’en est-il des personnes qui ne reconnaissent pas qu’elles ont une maladie mentale ?

Comment une personne peut-elle se rétablir si elle n’admet même pas qu’elle est malade ?

Dans quelle mesure le rétablissement est-il pertinent pour les personnes qui disent qu’elles n’ont aucun problème ?

Qu’en est-il des personnes qui n’acceptent aucun traitement, qui nient avoir besoin d’une aide quelconque ? Dans quelle mesure peuvent-elles être soignées en vue d’un rétablissement ?

Ces questions — et d’autres du même genre — sont fréquemment posées par des praticiens frustrés, et par des membres de l’entourage familial désespérés, qui essayent d’aider des personnes qui semblent ne pas vouloir d’aide. L’une des difficultés de ces questions est qu’elles montrent une limitation centrale du paradigme du rétablissement, qui suppose que celui-ci et les pratiques ayant pour but le rétablissement sont destinés seulement aux personnes qui admettent qu’elles ont une maladie mentale. Après tout, comment une personne peut-elle être « en train de se rétablir » s’il n’y a rien dont elle doive se rétablir ? L’une des différences majeures entre les maladies mentales et les autres est le problème de l’insight. Ceux qui ont du diabète savent qu’ils ont du diabète, ceux qui ont de l’asthme savent qu’ils ont de l’asthme, etc., mais certains diront que la plupart de ceux qui ont une maladie mentale sévère (ou du moins les schizophrènes) manquent d’insight du fait même qu’elles sont malades. Elles ne participent donc pas aux traitements nécessaires à gérer leur état. De telles perceptions conduisent certains à dire que la contrainte et les traitements involontaires sont nécessaires, au moins pour ceux qui refusent certains ou tous les traitements. Le manque d’insight pose aussi un défi majeur aux programmes de soins centrés sur la personne et aux pratiques orientées vers le rétablissement, si l’une comme l’autre présument que la personne prendra la responsabilité de conduire son traitement et le processus de rétablissement. Est-ce que l’insight n’est pas nécessaire au rétablissement ?

Bien que cela semble contradictoire à ce stade, je vais montrer dans les deux sections suivantes non seulement que la pratique orientée vers un rétablissement est possible pour des personnes qui semblent manquer d’insight, mais aussi que c’est peut-être précisément ces personnes-là qui en ont le plus grand besoin. Pour l’instant, ceux qui semblent manquer d’insight soit ne reçoivent pas de traitement, parce qu’ils choisissent de ne pas être soignés, soit reçoivent un traitement d’une manière qui s’oppose à leur volonté à des degrés divers. Nous considérons que ni l’une ni l’autre de ces situations n’est idéale dans le contexte d’une pratique orientée vers le rétablissement, et nous soutenons donc que ce sont peut-être ces personnes, plus que toutes les autres, qui sont en besoin extrême des alternatives constructives et effectives offertes par une pratique orientée vers le rétablissement. Comment cela est possible demandera quelques explications, parce que la question de l’insight et du consentement est une question compliquée, à laquelle peuvent être apportées différentes réponses.