Schizophrénie débutante et crise familiale

Caroline Coggia, thèse pour le doctorat en médecine, Versailles Saint-Quentin en Yvelines, 2010


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Le processus schizophrénique débute, le plus souvent insidieusement, par un bouleversement de l’expérience vécue. Ce n’est qu’ultérieurement qu’apparaissent les premiers symptômes spécifiques. La durée importante avant la première prise en charge psychiatrique pose la question de l’accès aux soins. Celui-ci dépend des interactions entre le patient, sa famille et le système de soins.
Pour comprendre la dynamique qui se joue lors du premier contact avec la psychiatrie, il convient de préciser l’impact préalable du processus schizophrénique sur les trajectoires du patient et de son entourage. Dans cette perspective temporelle, la schizophrénie apparaît comme un échec ou une régression du processus de l’adolescence pensé comme accès à un temps linéaire borné, s’accompagnant d’une désynchronisation des rythmes des différents membres de la famille du patient.
La décompensation symptomatique aiguë qui motive le recours aux soins s’inscrit dans une crise familiale où le réaménagement des liens familiaux impose au patient une relance du processus de subjectivation; les troubles du comportement qui s’ensuivent constituent une menace de rupture du lien jusque là maintenu par l’entourage.
Le travail de crise apparaît alors comme un travail sur le temps. La mise en place du cadre thérapeutique ouvre l’espace d'une construction temporelle. En mobilisant le temps familial, la prise en charge transforme la crise individuelle qu'est la décompensation psychotique aiguë en une crise de développement familial et favorise la réinscription du patient et de ses proches dans une histoire partagée.