Ecart organo-clinique

koh-ker

Pour Henri Ey, l’écart organo-clinique désigne « cette marge d'indétermination, d'élasticité qui s'interpose entre l'action directe et déficitaire des processus encéphalitiques ou plus généralement somatiques et leur expression clinique ».

 

Cette notion est déterminante pour comprendre la spécificité de la pathologie psychiatrique : « la "maladie mentale" est une bien étrange maladie. (…) Sa structure est complexe. Elle comprend un aspect négatif : absence et altération des fonctions supérieures atteignant un degré plus ou moins profond et un aspect positif : la nouvelle organisation de la vie psychique subsistante. Aussi entre le processus organique générateur et le tableau clinique qui en est l'effet s'interpose un travail psychique considérable – celui-là même de la psychose. C'est à quoi correspond ce que nous avons proposé d'appeler l'écart organo-clinique qui est à la fois structural comme nous venons de le préciser et aussi chronologique en ce sens que l'action d'un processus à un moment donné peut lui survivre. »

 

Cette conception apparaît d’autant plus importante à rappeler aujourd’hui que la rhétorique scientiste, en prétendant établir des corrélations directes entre neurotransmetteurs et symptomatologie clinique, tend à oblitérer la folie comme phénomène humain. Pourtant, Henri Ey le soulignait déjà en 1936, « en raison même de cet écart [organo-clinique] la science psychiatrique, plus qu’une autre branche de la pathologie, a le droit de s’intéresser, en deçà même des recherches étiologique (même supposée entièrement achevées) au groupement syndromique, à l’analyse toujours pathogéniques des faits cliniques. Autrement dit encore, si la science psychiatrique demeure la science des causes des maladies mentales, elle a encore pour objet l’étude analytique de la folie. »

 

(Les citations sont extraites des pages XI, 76-77 et 168 de la réédition de 2006 des Etudes psychiatriques)