Idéation (suicidaire)

mecanisme-horlogerie

Souvent employée dans la clinique quotidienne, cette expression ne veut tout simplement rien dire : un patient peut avoir des idées suicidaires, ou des troubles de l'idéation, mais pas une idéation suicidaire.

En effet, l'idéation désigne la formation et l'enchaînement des idées. Pour Jacques Postel (Dictionnaire de psychiatrie et de psychopathologie clinique), elle peut être accélérée dans l'accès maniaque (c'est la fameuse "fuite des idées") ou au contraire ralentie dans la détérioration mentale, le patient présentant alors des symptômes qui relèvent de la persévération et du radotage.

Henri Ey, dans son célèbre Manuel de psychiatrie, n'emploie la notion que dans ce cadre de l'évaluation de la détérioration mentale, parmi les signes cliniques de la "claudication psychique" du dément : "l'idéation sera étudiée dans sa richesse, sa rapidité et sa facilité. Le sujet a tendance à reprendre, avec une monotonie qu'il ne remarque pas, quelques thèmes essentiels (persévération). Les préoccupations culturelles peuvent masquer, derrière un vocabulaire étendu, un manque d'intérêt réel et les cadres verbaux prêtent une façade que la souplesse de la vie et du jugement a désertée."

Parler d'idéation suicidaire, on le voit, reviendrait à supposer que l'enchaînement des idées pourrait être suicidaire en soi, indépendamment du sujet à l'origine desdites idées. Il y aurait de quoi se flinguer, non ?