Tatossian A. (1989) : Qu’est-ce que la clinique ?

Référence :Tatossian A. (1989) : Qu’est-ce que la clinique ?, Confrontations Psychiatriques, 30, pp. 55-61


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Résumé :

Tatossian distingue deux modèles cliniques. Le premier est le modèle inférentiel et correspond à la démarche diagnostique telle qu’on la décrit habituellement : des symptômes regroupés en syndromes conduisant à une inférence diagnostique.
Mais on est amené à envisager un second modèle, le modèle perceptif ou intuitif, devant un double constat. Tout d’abord, le diagnostic est souvent posé dès les premières minutes de l’entretien, avant qu’un recueil suffisant de symptômes ait pu se faire – ce qui ne sera pas sans influence sur ce recueil diagnostique ultérieur. Ensuite, nombre d’informations (ce qui n’est pas "pathologique", le vécu du patient de ses symptômes, les inflexions culturelles et relationnelles de ce symptôme…) ne sont pas prises en compte par le relevé sémiologique, et conditionnent pourtant le diagnostic. Tatossian en conclut que « la démarche diagnostique spontanée du psychiatre est le plus souvent globalisante. L’entité en jeu est reconnue bien plus comme une Gestalt unitaire que comme la combinaison additive de symptômes. (…) Comme le disait Minkowski, dans l’excitation maniaque, l’excitation est l’accessoire et c’est la manie qui est essentielle ».
Le modèle inférentiel, qui à première vue semble plus scientifique et rationnel, ne peut donc suffire à décrire la pratique clinique. « C’est bien plutôt dans un équilibre, variable selon les circonstances, les moyens et les buts, entre modèle inductif et modèle perceptif que la clinique psychiatrique peut accéder à une rationalité scientifique authentique »


Commentaire :

L'auteur ne répond pas directement à la question qu'est-ce que la clinique ?, mais analyse en phénoménologue la pratique du psychiatre qui pose un diagnostic. Il montre que cette pratique ne peut se réduire à un acte rationnel par lequel l'esprit cheminerait à travers les algorithmes décisionnels de la sémiologie. Il montre qu'il s'agit également d'une démarche vivante, dans la relation immédiate au patient - une saisie intuitive de la pathologie qui transparaît à travers chacun de ses comportements. Avant d'être une somme de symptômes recueillis par une observation objective, la maladie mentale apparaît comme un type particulier de rapport au monde qui est perçue par le praticien dans son unité (Gestalt).
A travers cet exemple de la pratique diagnostique, Tatossian invite les soignants à s'ouvrir à une clinique de la rencontre, clinique vivante et relationnelle où l'intuition du professionnel doit pouvoir trouver sa place. Nul doute qu'une telle invitation "parle" aux intervenants de crise qui, dans la mobilité de leurs cadres, doivent s'appuyer sur des éléments que la sémiologie classique ignore.