Sass L. et Parnas J. (2003) : Schizophrenia, Consciousness, and the Self

Référence : Sass L. et Parnas J. (2003) : Schizophrenia, Consciousness, and the Self, Schizophrenia Bulletin, 29, 3, 427-444


Intérêt : chameau3           Difficulté : oursin2


Résumé :

Dans cet article, les auteurs s’appuient sur une analyse phénoménologique (entendue comme visant l’étude de l’expérience vécue et donc s’intéressant à la dimension subjective des troubles mentaux et non simplement à la description des symptômes) pour montrer que malgré leur apparente disparité, les symptômes de la schizophrénie s’enracinent tous dans des perturbations spécifiques de la subjectivité. La schizophrénie serait un trouble de l’ipséité c'est-à-dire de la conscience pré-réflexive de soi qui permet l’expérience en première personne se caractérisant par une hyperréflexivité et une diminution de l’auto-affection.

L’hyperréflexivité est une conscience de soi exagérée dans laquelle les aspects de soi sont vécus comme les objets externes.

La diminution de l’auto-affection réfère à un déclin dans le sentiment d’exister en tant que sujet, dans l’éprouvé de soi-même comme une subjectivité.

Les sensations, les perceptions, les pensées, ayant perdu leur familiarité, le patient fait appel au sens pour comprendre son ressenti et ses expériences qui ne sont plus faites en première personne. Cela contribue à objectiver le phénomène, et donc à en  faire l’expérience avec une certaine distance jusqu’à la rendre étrangère à soi-même. Cela permet de comprendre les symptômes positifs dans lesquels le patient pense que ses actes et états personnels ne sont pas les siens propres mais ceux d’autrui qui vient ainsi le diriger ou le contrôler.

Les symptômes négatifs seraient le résultat de la perte de l’évidence naturelle, perte du sens commun, de ce qui permet à quelqu’un de considérer nombre d’aspects de la vie comme allant de soi et de ne pas les interroger.


Commentaire :

Cet article propose un autre regard sur la schizophrénie en s’appuyant sur l’approche phénoménologique et en s’intéressant donc à l’expérience vécue par les patients. Reprenant de manière très accessible les conceptions que cette approche propose de la conscience, l’intentionnalité et l’expérience de soi, il montre de manière très convaincante l’unité de cette pathologie malgré l’apparente disparité des symptômes cliniques. Celle-ci réside dans le trouble de la subjectivité dans laquelle tous les symptômes s’enracinent. En tant que trouble fondamental, ce trouble de la subjectivité pourrait être recherché dès la phase prodromique et ainsi permettre un diagnostic plus précoce.

Cet article présente donc un grand intérêt dans le cadre du diagnostic précoce de la schizophrénie dont l’importance pour l’évolution de la pathologie a été démontrée. Par ailleurs il apportera un éclairage nouveau à tous les soignants confrontés à l’incohérence et la bizarrerie comportementale des patients schizophrènes.


Texte intégral : disponible sur le site du Schizophrenia Bulletin à l'adresse : http://schizophreniabulletin.oxfordjournals.org/content/29/3/427.short?rss=1&ssource=mfc