L'entretien familial en psychiatrie - 7

Être bien assis

La scène se déroule à Paris, au début des années 2000. Un colloque fait se rencontrer pour la première fois Maurizio Andolfi, systémicien élégant et joueur, et François Roustang, hypnothérapeute pétillant. Chacun montre comment il travaille, le premier en réalisant en direct une séance avec une famille dans l’impasse, le second en montrant la vidéo enregistrée d’une séance d’hypnose. A chaque fois, c’est beau et évident à la fois, le public est sous le charme. Puis s’engage la discussion entre les deux stars de la journée. Lequel des deux lance la phrase en premier, je ne sais plus. Mais l’autre s’en empare aussitôt, la fait jouer de tous ses sens, le premier la reprend et développe à son tour toutes ses implications ; ils s’accordent pour en faire la conclusion du colloque : « l’essentiel, c’est d’être bien assis ».

Dit ainsi, cela peut paraître un peu simpliste, et même sembler fournir une justification à la médiocrité douillette (« tant que le thérapeute a son petit confort… »).

C’est pourtant exactement le contraire que cette phrase, « l’essentiel, c’est d’être bien assis », cherche à suggérer : si le thérapeute veut espérer favoriser la survenue d’un processus véritablement thérapeutique, il doit se rendre totalement disponible à ses interlocuteurs, dégagé de tout inconfort qui le parasiterait, voire l’inviterait à mêler ses propres problèmes à ceux du patient et de sa famille.

Si l’on part du principe que l’on cherche à solliciter les membres de la famille dans leur capacité à s’engager dans le processus thérapeutique, ce principe doit leur être étendu : autant que faire se peut, le soignant doit veiller à ce qu’ils soient « bien assis » pendant l’entretien.

A un niveau fondamental, cela signifie qu’il vaut mieux passer cinq minutes à disposer la pièce et les chaises de manière à ce que chacun soit bien installé et voit les autres plutôt que de se précipiter dans une séance où chacun sera focalisé sur son inconfort.

A d’autres niveaux, cela rappelle que tout ce qui peut compliquer la tâche du professionnel et l’empêcher d’être « bien assis » dans son rôle (par exemple, des tensions institutionnelles, le manque de temps, etc.) doit être pris très au sérieux car cela risque de lui faire rater l’essentiel.