L'entretien familial en psychiatrie - 3

Entre information et thérapie

On peut caricaturalement distinguer trois types d’entretiens familiaux :

L’entretien informatif

Le soignant veut obtenir de la famille des informations utiles pour sa compréhension du patient (anamnèse des troubles, antécédents familiaux, etc.) et éventuellement donner aux proches des éléments concernant la prise en charge en cours (par exemple : durée d’hospitalisation, nature des traitements médicamenteux) ou encore à propos des troubles du patient (comment se comporter face à un dépressif…).

Le professionnel est dans une position d’expert : il sait ce qu’il faut faire ; la famille est là pour l’aider dans son travail : elle apprend de lui en quoi consiste ce travail et comment le faciliter (ou au moins ne pas l’entraver).

Implicitement, ce type d’entretien suppose :

- que la famille accepte cette répartition des rôles et des savoirs ;

- que les acteurs en présence soient motivés pour s’engager dans un partenariat constructif ;

- qu’ils soient en mesure d’échanger rationnellement sur la façon dont se déroule la vie quotidienne et dont elle pourrait être infléchie.

Autant dire que, dans la vraie vie, un entretien de ce type impose aux différents protagonistes de situer leurs échanges sur un terrain artificiel, technique, où la relation et ses aléas n’ont pas de place : au mieux, la famille laissera ses problèmes de fonctionnement à la porte de l’entretien et les retrouvera à la sortie ; le plus souvent cependant ces problèmes distordront la conversation et l’expertise du professionnel se trouvera mise au service de causes bien éloignées de la science psychiatrique.

L’entretien thérapeutique

Le professionnel reçoit une famille qui a accepté l’idée de s’engager dans un processus thérapeutique collectif. Les membres de cette famille s’attendent donc, même si c’est avec beaucoup d’inquiétude ou de réticence, à ce que le professionnel place la question des relations interpersonnelles et du fonctionnement familial au cœur de l’entretien.

Le soignant est dans une position de psychothérapeute : expert supposé de la relation, il veillera à utiliser/se dégager de cette place pour mobiliser les ressources individuelles et collectives de ses interlocuteurs (la « compétence familiale » de Guy Ausloos).

L’entretien circonstanciel

A mi-chemin entre les deux précédents, il est réalisé par le soignant qui suit le patient à un moment jugé opportun afin de compléter le dispositif thérapeutique mis en place. Son objectif est le plus souvent double : il s’agit de donner des informations sur les soins en cours tout en cherchant à « travailler les relations », au moins en ce qu’elles compromettent le rétablissement du patient. L’existence claire d’une personne désignée comme étant celle qui a besoin de soins (le « patient désigné » des systémiciens) permet aux proches, s’ils se sentent trop en difficulté, de se soustraire aux velléités thérapeutiques du professionnel.

Le soignant ne doit pas perdre de vue que cet entretien vient s’inscrire dans une histoire familiale qui lui préexiste et se poursuivra au-delà. La famille a donc déjà une pratique autour des symptômes, elle a fait des hypothèses, testé des solutions, etc. Les éléments apportés au professionnel et les interactions qui ont lieu devant lui, s’ils peuvent lui paraître nouveaux, sont au contraire, le plus souvent, ceux dans lesquelles la famille se trouve actuellement enfermée – et participent donc au maintien du symptôme pour lequel une demande a été adressé au système de soin.

Les conseils qui suivent concernent avant tout ce dernier type d’entretien.