L'entretien familial en psychiatrie - 21

A qui profite l’entretien ?

L’entretien circonstanciel ponctue la prise en charge du patient et s’inscrit donc dans le processus thérapeutique plus général visant au rétablissement du patient. Il doit aider la famille à ce situer par rapport à ce processus, à soutenir le patient dans ce qu’il vit sans pour autant que le rôle de malade prenne le pas sur ses autres facettes.

Quand la famille profite vraiment de l’entretien, elle y a en outre trouvé un espace où chacun a pu réinterroger sa place et ses relations aux autres afin de mieux en jouer. Il ne faudrait pas croire que cela passe par l’explicitation magistrale d’enjeux relationnels demeuré souterrains jusque-là. La prise de conscience d’un fonctionnement, même collectif, ne représente pas forcément le pas le plus décisif pour en sortir. Si l’entretien peut se révéler thérapeutique, au sens de la thérapie familiale, c’est, pour reprendre une expression célèbre, « de surcroît », et probablement justement parce que cela n’a pas constitué l’objectif premier du thérapeute. C’est en se penchant avec les soignants sur le problème psychiatrique à l’origine de la rencontre que la famille éprouve la richesse de ses ressources et que ses membres se saisissent de leur propre implication.

Le soignant, quant à lui, peut y gagner beaucoup (trop ?) d’informations. Il profite aussi et surtout d’une immersion dans un monde singulier, avec ses règles, ses rêves, ses tensions et son humour – monde qui n’est plus tout à fait celui du patient tant ses proches sont toujours plus que ce qu’il ne peut en dire, et qui est devenu un peu celui du soignant pour, peut-être, lui ouvrir d’autres possibles.