L'entretien familial en psychiatrie - 15

Être deux

« Même une feuille de papier est plus légère si on la porte à deux »

Proverbe coréen

« Mieux vaut être seul que mal accompagné »

Proverbe français

Dans ses interactions avec la famille, le professionnel se trouve rapidement happé par son fonctionnement. Sa capacité à demeurer à la fois dans et hors de la famille s’avère déterminante : il ne peut espérer l’aider qu’à condition de s’être assez affilié à elle (joining) afin qu’elle accepte ses interventions, tout en se trouvant suffisamment décalé de son fonctionnement pour pouvoir le repérer et l’infléchir.

En thérapie familiale, cette situation a conduit les systémiciens à préconiser le recours à un superviseur qui assiste à la séance, mais à distance (derrière une glace sans tain ou par un dispositif vidéo). Les interventions du superviseur auprès du thérapeute permettent à celui-ci d’ajuster son positionnement et de compléter son analyse de la situation. Ainsi, cette dernière ne porte plus sur le seul système familial (celui-ci ne pouvant de toute façon pas être observé isolément) mais sur le système thérapeutique (la famille + le thérapeute) conçu comme un tout, possédant sa propre dynamique.

Dans la pratique psychiatrique courante, on peut favoriser ce type d’analyse en réalisant l’entretien à deux. Lorsque l’un des professionnels parle, l’autre peut se placer en retrait et observer les échanges, interpeller son collègue sur un élément qui lui a échappé, prendre le temps de réfléchir…

Le fait d’être deux présente bien des avantages : sécurité, complémentarité des points de vue et des abords thérapeutiques, diversité des résonances et des supports d’identification, etc. Tout dépend ensuite de la relation entre les deux membres du binôme soignant !