Projet de soins, projet de vie : la clinique psychiatrique en question - 6

Conclusion

En psychiatrie, la notion de consentement aux soins se révèle problématique en ce qu’elle s’inscrit dans cette conception de la clinique, la clinique « objective », qui place d’emblée la relation thérapeutique sous le signe de l’asymétrie. Nous avons vu que le soignant s’y trouve en position haute du fait de son savoir, mais surtout parce que, ayant le dernier mot à la fois sur la réalité et sur la manière dont il convient de s’y adapter, il est le seul véritable sujet éthique de la relation. Face à lui, le patient se trouve d’emblée en position basse car il est conçu comme handicapé, du fait de ses troubles, aussi bien dans la réalisation de son projet de vie que dans sa capacité à adhérer au projet de soins. Dans un tel contexte, la seule option qu’il lui reste n’est-elle pas, sous peine de passer pour encore plus déraisonnable qu’il ne le paraît déjà, de consentir aux soins proposés ? Mais s’agit-il alors encore de consentement ? De fait cette clinique « objective », à qui la pratique de l’expertise psychiatrique a conféré ses lettres de noblesse, conserve toute sa pertinence lorsque se pose la question de la contrainte aux soins (justement nommés soins sans consentement). En revanche, en dehors de ces situations, l’asymétrie relationnelle qu’elle implique constitue un bien mauvais préalable à l’action thérapeutique censée s’ensuivre.

Dans la pratique psychiatrique quotidienne, le soignant doit donc régulièrement recourir à une autre clinique. Celle-ci peut être qualifiée de « relationnelle » en ce que qu’elle considère les éléments observés comme faits relationnels et l’évaluation clinique comme indissociable de la relation thérapeutique. Nous avons cherché à montrer combien, dans cette perspective, l’éthique se révèle d’emblée fondamentale. En effet, aucun savoir théorique ne garantissant a priori le caractère pathologique des manifestations qu’il constate, le soignant doit explorer ce que vit le patient en postulant que ce dernier est pleinement acteur de sa vie – qu’il est, jusque dans ses errements, un sujet éthique à part entière.