Projet de soins, projet de vie : la clinique psychiatrique en question - 1

Introduction

 « La psychiatrie se différencie de la plupart des autres disciplines médicales en ce qu’elle étend son autorité à la plupart des aspects de la vie des patients, y compris où ils habitent, qui ils fréquentent, ce qu’ils mangent, quand ils se lavent, et ce qu’ils font de leur temps. »

Larry Davidson

La psychiatrie a ceci de particulier qu’elle confère au médecin le pouvoir de contraindre le malade aux soins c’est-à-dire, lorsque la clinique l’exige, de suspendre son projet de vie pour y substituer, le plus souvent momentanément, un projet de soins. Cependant, même en dehors de ces situations de contrainte la différence entre projet de soins et projet de vie n’est pas toujours très claire dans la pratique psychiatrique. En effet, la pathologie mentale, lorsqu’elle s’accompagne de symptômes déficitaires, handicape le patient dans l’élaboration et la réalisation d’un projet de vie adapté. De plus, le cadre de vie peut conditionner le déroulement des soins, voire se révéler thérapeutique en soi. Les soignants ont donc tendance à intégrer dans le projet de soins des éléments qui devraient a priori relever du seul projet de vie. Mais jusqu’où, pour reprendre l’expression de Davidson, l’autorité de la psychiatrie peut-elle s’étendre ? A quel moment bascule-t-elle de l’avis donné au nom d’une expertise en santé mentale (de l’autorité-expertise) à une forme plus contraignante (l’autorité-autoritaire) ? Et, plus fondamentalement, est-il possible d’avoir une expertise sur la santé mentale d’une personne sans s’ériger en juge de la personne elle-même ?

Ces questions éthiques surgissent régulièrement dans la pratique courante. C’est qu’elles touchent, par-delà le simple problème de la mise en œuvre des soins, à la spécificité de la clinique psychiatrique.