Guérir de la schizophrénie ? - 2

Représentations à propos de la schizophrénie : une étude

Il nous est apparu nécessaire après avoir quelque peu compulsé la littérature de questionner sur le terrain des personnes (33 professionnels de la santé mentale : psychiatres, psychologues, infirmiers, etc.) sur le sujet de la schizophrénie autour de sa définition et plus précisément de son pronostic...

Notre méthodologie est celle-ci : un questionnaire court et au protocole de passation très défini qui nous permet de retirer des données claires sur la maladie et son évolution.

Le cadre de passation est de quelques minutes, la personne interrogée devra ainsi mobiliser de manière spontanée des idées fondamentales sur la schizophrénie et son évolution.

Nous vous proposerons pour le détail de chaque question un développement sur les résultats observés puis nous en déduirons une discussion appropriée en fin de partie.

La première question interroge la définition de la schizophrénie : « comment définiriez-vous la schizophrénie en quelques mots clés ? ». Les réponses s'accordent sur l'idée de maladie avec cependant une approche différente pour chaque personne notamment sur les causes : biologiques, psychodynamiques, sociales, anxieuses, philosophiques, existentielles, etc. Cette première disparité de réponses correspond bien à ce flou diagnostic qui s'ébauchait lors de notre tentative de définition...

Il nous apparaissait intéressant d'approcher ensuite la notion du rétablissement (recovery) en nous assurant au préalable de sa maitrise par les sujets de l'étude (« Connaissez-vous la notion de rétablissement? Oui; non »); si la réponse est oui nous nous sommes alors intéressés à l'opinion que la personne peut avoir à son propos : « Qu'en pensez-vous ? ». Cette notion d'origine anglo-saxonne propose un pronostic plus optimiste quant à la maladie mentale : le malade reprend le contrôle de sa vie, se sort donc d'un état de dépendance afin de regagner en autonomie... avec des ressources autant propres que sociales (familiales, soignantes...). Un espoir semble permis : les réponses sont assez cohérentes entre elles et nous en retiendrons que pour un tiers des professionnels qui envisagent le rétablissement, celui ci est possible, souhaitable mais limité dans sa définition (on parle de prudence) voire insuffisant...

De là se pose la question de la guérison que nous introduisons d'abord d'une manière générale : « comment définiriez-vous la notion de guérison en général ? ». On entend alors deux grands axes : une restitution « ad integrum » d'un état de santé antérieur et une absence de symptômes... à peu près tout le monde est unanime là-dessus.

C'est lorsque nous croisons les concepts de schizophrénie et de guérison qu'un problème semble être soulevé. La question préalable est volontairement directive et brutale : « est-il possible de guérir d'une schizophrénie ? Oui; non » afin que le sujet prenne une position claire sur cette question... ici les réponses sont plutôt défavorables à cette idée de guérison pour une moitié qui à la seconde question « pourquoi ? » argumente sur le caractère chronique de la maladie et sur l'incapacité alors essentielle du malade à pouvoir contrôler quelque chose qui lui échappe. Pour ceux qui y croient la prudence semble de rigueur : il est rare et très compliqué de se sortir de la schizophrénie. On peut imaginer pour le mieux trouver un équilibre médicamenteux et thérapeutique (soignant) ainsi que des appuis institutionnels nous permettant de tenir le cap de la vie plus ou moins correctement avec rechutes et embûches à prévoir.

Nous en retirerons que la définition de la schizophrénie étant déjà fragilisée par la pluralité des représentations y sont rattachées, son évolution ne peut être envisagée avec assurance et solidité même si la plupart des personnes interrogées s'accordent sur la prudence et le désespoir quant à une sortie de la maladie.