Guérir de la schizophrénie ? - 1

Introduction

La schizophrénie est un sujet épineux et complexe. L'idée de sa « guérison » nous apparaît comme difficile à envisager. Affection lourde de l'existence, cette maladie est définie par bon nombre de tableaux, de théories et un pronostic très souvent défavorable à la personne qui en est atteinte : en termes de confort de vie ou encore d'autonomie.

Nous la présenterons dans ce préambule sous l'angle de ses deux définitions les plus admises et les plus utilisées dans la clinique : celles du DSM IV et de la CIM 10...

La première désigne un tableau symptomatique précis : des idées délirantes, des hallucinations, un discours décousu, un comportement désorganisé et inadapté ainsi qu'un ensemble de symptômes dits « négatifs » : sensitivité (ou émoussement affectif), pauvreté expressive, etc. On y parle de psychose... le sujet schizophrène est donc peu ou pas conscient de ses troubles et il y est dit que 6 mois de troubles en continu permettent d'en affirmer le caractère définitif. Le pronostic d'une telle maladie est simple et clair : elle est chronique, on est schizophrène toute sa vie et nous ne bénéficions alors plus d'une relation juste avec l'environnement et d'une autonomie satisfaisante. Le même pronostic est posé en substance dans la CIM 10 avec donc des différences sémiologiques et de temporalité telles que le temps d'entrée dans la schizophrénie (un mois), ou bien un tableau plus détaillé : une perte de contrôle de la pensée (vol, écho), un délire d'influence et une perception délirante, des voix intérieures, idées délirantes, hallucinations persistantes, un discours incohérent avec des pauses marquées dans la pensée et une attitude manifestement inappropriée, enfin une conduite marquée par des incohérences et un repli sur soi...

Nous remarquons que malgré des points communs évidents parmi les signes cliniques (délires, hallucinations, troubles du comportement) et un pronostic également posé voire irréversible, il existe entre ces deux outils des contradictions essentielles qui nous permettent alors de nous poser la question d'une définition de LA schizophrénie : en effet autant le DSM reconnaît des signes simples et clairs pour son utilisateur tels que les hallucinations, délires et incohérences, la CIM 10 s'appuie sur une description plus nuancée et peut-être des symptômes observables plus nombreux.

Quid du malade ? Comment y voir clair dans la clinique lorsque les principales références théoriques sont aussi différenciées ? Ce constat nous a entrainé à explorer chez une cohorte de professionnels du soin psychiatrique les représentations mobilisées autour de la schizophrénie à l'aide d'une étude concise : nous en développerons les résultats et leur discussion dans un premier temps. Puis nous nous appuierons sur un ensemble d'études internationales qui pose la question du pronostic de la schizophrénie, de son évolution dans le temps favorable alors à l'idée d'une certaine forme de « guérison »...