Alliance soignant-soigné dans un service d'urgence : la rencontre entre psychiatres et urgentistes somaticiens est-elle possible ? - 1

Introduction

Tout d’abord merci aux organisateurs de ce beau congrès et merci de me donner la parole.

Je me présente, Matthieu Romanos, psychiatre, responsable d’une unité de psychiatrie d’urgence, de liaison et de crise au sein du centre hospitalier général (CHG) de Rambouillet dans les Yvelines en région parisienne. Je dois préciser que je travaille pour l’hôpital Charcot, à Plaisir à 30 km du CHG.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais présenter l’origine de cet exposé et éclairer le but de mon propos. L’origine est triple. Il vient d’abord d’un constat de terrain, puis d’une intuition et enfin d’un questionnement.

Le constat : lorsque l’on est psychiatre ou soignant en psychiatrie on ne peut que constater la difficulté que rencontrent les collègues somaticiens aux urgences à entrer en relation et rester en alliance avec les patients (j’utilise là un doux pléonasme pour ne pas écrire le rejet et l’agressivité de la part de nos collègues envers les patients dont nous sommes parfois témoins). Certes c’est un constat qui peut s’étendre à toutes les spécialités (y compris de médecine générale) mais il est vrai que l’alliance avec le patient et le traitement de l’urgence, de l’aigu, relève du paradoxe. L’urgence est plus que tout autre spécialité une maladie de l’organe défaillant a traiter. De plus les prises en charges se font dans un contexte de stress partagé : celui des soignants avec le risque de passer à coté d’un diagnostic et celui des patients qui les rend demandeurs, exigeants voir non compliants.

L’intuition somme toute assez banale pour nous psychiatres et qui m’apparaissait comme une évidence c’est que l’urgence reste un moment clé dans la prise en charge des patients « somatiques » tout comme il l’est pour les patients psychiatriques.

Je me suis donc demandé comment aider nos collègues sur ce terrain de la rencontre avec l’autre et de l’alliance que nous connaissons bien (et encore un peu plus avec le congrès qui vient de se dérouler). Nos collègues nous parlaient de cette étude  « qui sommes-nous psychiatres d’urgence ? ». Il me semble que l’un de nos rôles est d’éclairer les collègues somaticiens sur notre spécialité, y compris la relation à l’autre.

Car vous en avez peut-être fait l’expérience mais il ne s’agit surtout pas de venir faire « la morale » au collègue pour que cela change. De plus les préoccupations, l’intérêt et le langage des urgentistes et des psychiatres sont suffisamment différents pour que nous n’arrivions pas à rencontrer nos collègues sur ce terrain.

Comme vous l’avez compris je ne vais pas vous apprendre grand-chose de pointu mais simplement essayer de proposer un moyen modeste, non définitif et non exhaustif de rencontrer nos collègues urgentistes sur le terrain de la rencontre des patients (vous me suivez toujours ?).

Nous allons donc :

- définir les termes employés car il est important de se mettre d’accord de ce sur quoi on parle ;

- cibler le problème (car les urgentistes souhaitent des choses ciblées) tout en les déculpabilisant (car un discours culpabilisant est inécoutable) ;

- convaincre les collègues de l’utilité de la relation  (car les urgentistes sont en recherche d’efficience, ce qui est fait doit être utile) ;

- enfin, proposer quelques outils pratiques d’amélioration et de changement.