L'intervention dans l'habitat - 3

Approche anthropologique

De tout temps l’être humain a aménagé un espace que se soit de manière éphémère ou durable. Que l’on soit nomade ou sédentaire. Du tipi ou de la yourte aux château-forts ou nos maisons actuelles, l’être humain a eu besoin d’un abri le protégeant dans le moment où il est le plus vulnérable, pendant son sommeil. Chaque culture développera ainsi l’architecture de son habitat.

 

Nous prenons ici l’exemple de l’habitat au Japon. En japonais Uchi est un terme qui désigne la famille et la maison. L’indissociation de l’espace et de la relation sociale est caractéristique de la conception japonaise de l’espace. L’espace représenté y garde le concret de l’espace vécu, ainsi les termes les plus importants utilisés pour désigner l’espace de la maison jouent simultanément sur le triple registre social, spatial et temporel.

Le sens premier de Uchi est de désigner l’intérieur par rapport à l’extérieur et de là les significations suivantes : la maison, la famille, l’épouse et l’époux, l’intérieur du groupe (l’intimité), moi et je.

La maison en japonais, c’est d’abord un intérieur opposé à un extérieur, et cet intérieur est symbolisé non par une limite, mais par l’enveloppe du toit. Uchi c’est l’ensemble lieu et groupe auquel on appartient, conçus comme les deux faces d’une même réalité. Dans cette logique on en viendra, par extension, à utiliser pour se désigner soi-même le terme Uchi, ma maison.

Cette conception concrète de l’espace, indissociable du groupe, ou plus précisément d’une relation sociale dans le moment de son déroulement, est sans doute la caractéristique la plus déterminante, mais aussi la plus difficile à saisir, de l’architecture japonaise. L’architecture ou l’art de l’architecte, appliqué à une construction traditionnelle, se dit en japonais ma do ri littéralement prendre le ma. Le terme ma est un idéogramme ou figure la lumière de la lune qui pénètre entre les battants de la porte entrouverte, et signifie interstice, temps vide, c'est-à-dire qui est entre deux choses dans l’espace et dans le temps.

Le terme ma recouvre donc un rapport à l’espace-temps, un espace social. Le ma n’est pas l’espace qui m’entoure, mais l’espace d’une relation, ainsi le ma d’un couple sera ce qu’il y a entre eux quand apparemment il n’y a rien.

Nous voyons, par ces notions, que la signification fondamentale de l’architecture japonaise, « prendre le ma », est de constituer le lieu propice à un certain équilibre social.

 

Ces deux approches mettent en relief le besoin fondamental de l’homme, de saisir un morceau de l’univers et de créer un espace où il se reconnaît dans sa culture mais surtout soi-même, dans une mêmeté dirait Ricoeur.