L'alliance thérapeutique avec l'adolescent en crise - 4

Houzel : l’alliance thérapeutique comme élément du cadre

Houzel propose pour sa part une conception de l’alliance thérapeutique très différente de celle que nous venons d’examiner. Il définit ainsi cette notion :

« C’est l’adhésion de l’enfant à une expérience d’un type nouveau, qui inclut des aspects émotionnels, imaginaires et symboliques, et qui permet à l’enfant d’entrevoir un autre mode de fonctionnement psychique que celui qu’il est habitué à connaître et de découvrir la possibilité, l’espoir de donner un sens à ses symptômes et à sa souffrance. » (p. 85)

Dès lors, l’alliance thérapeutique doit être conclue en premier lieu avec l’enfant lui-même, « même si elle doit s’étendre aussi aux parents » (id.). Elle constitue, avec la situation analytique et le transfert, le cadre de la cure à l’intérieur duquel peut se dérouler le travail interprétatif. Le cadre, matériel mais surtout psychique, représentant ce qui permet « d’enclencher le processus psychanalytique » (Anzieu, 1986), il importe que cette alliance thérapeutique s’ébauche avant le traitement proprement dit, même si elle se renforcera au fur et à mesure de l’avancée de ce traitement.

Parfois, note Houzel, l’établissement d’une alliance thérapeutique avec l’enfant bute sur des obstacles qui sont liés aux parents ou à l’entourage :

« (…) collusion entre l’enfant et l’un des parents, tentative de sabotage de l’un des parents, immixtion de l’enfant dans un conflit du couple parental, rivalité avec un membre de la fratrie, etc. Il me paraît important d’accepter de différer une indication de psychanalyse jusqu’à ce que ces obstacles aient pu être surmontés, ou jusqu’à ce qu’une autre formule thérapeutique (par exemple une thérapie familiale) soit apparue comme plus adéquate. » (pp. 92-93)

On le voit, cet auteur se montre à la fois plus optimiste qu’Anna Freud quant aux possibilités d’alliance avec l’enfant et plus réticent que cette dernière à accorder une place aux parents, préférant semble-t-il réserver les indications de psychanalyse aux enfants dont les parents ou l’entourage ne font pas obstacle à l’alliance entre le thérapeute et le petit patient.

Cette position apparaît à la fois liée à une conception plus stricte du dispositif analytique et à une définition différente de l’alliance. Pour Houzel, en effet, l’enfant doit adhérer aux buts de la psychanalyse : « entrevoir un autre mode de fonctionnement psychique » et « donner un sens à ses symptômes et à sa souffrance », ainsi qu’aux tâches permettant d’y parvenir selon cette approche, c’est-à-dire à travers « une expérience d’un type nouveau, qui inclut des aspects émotionnels, imaginaires et symboliques ».

Sans tenir pour représentatifs de l’ensemble de la pédopsychiatrie les quelques repérages qui précèdent, nous pensons que ceux-ci permettent de mettre en exergue certaines particularités propres à ce champ.

Nous allons maintenant voir comment ces questions se posent à l’adolescence, point charnière entre enfance et âge adulte.