L'espace thérapeutique : entre jeu et responsabilité - 1

Introduction

"Nous passons notre vie à défendre des territoires qui n’existent pas."
Emmanuel Krivine

Il est d’usage courant, dans la pratique psychiatrique, de parler d’espace thérapeutique. En pédopsychiatrie, notamment, il n’est pas rare de préciser aux parents accompagnant leur enfant que la consultation psychothérapeutique offre à ce dernier un espace singulier qui lui appartient et au sein duquel il pourra progressivement explorer la difficile question de la constitution du soi. On peut noter, à travers cet exemple, que le mot espace renvoie à la fois au lieu physique, à la pièce dans laquelle se déroule la consultation, et à une notion beaucoup plus abstraite, à cet espace relationnel au sein duquel l’enfant rencontre son entourage. On peut également remarquer que cette amphibologie du terme d’espace n’est certainement pas anodine : la manière dont l’activité de l’enfant se déploie dans la pièce est souvent corrélée à un certain mode relationnel qui lui est propre.
Nous avons choisi, pour ce travail, de nous intéresser plus particulièrement à la question de l’espace thérapeutique compris dans le sens d’espace relationnel. En effet, si les lieux physiques dans lesquels peut se dérouler un processus thérapeutique renvoient, de par leur diversité, à des contextes institutionnels précis et requièrent de ce fait une analyse spécifique, la relation particulière qui s’instaure entre le psychiatre et son patient demeure au contraire une constante de ce processus. C’est cette relation intersubjective que nous chercherons ici à décrire depuis la perspective du psychiatre.