Traumatisme et famille - 4

Quelles sont les répercussions du syndrome psycho-traumatique sur la personne et en particulier son rapport au temps, qu’en est-il de nos interventions ?

Le temps du trauma : le syndrome de répétition

C’est le fil du temps, que l’on peut dérouler comme une trame descriptive de ce qui se passe, tant de la genèse des troubles, que de la succession des symptômes sur un plan clinique, qu’enfin de la prise en charge à proposer.

On explique classiquement le phénomène du trauma de manière chronologique, en partant de l’évènement inaugural engendrant des réactions (diverses) de stress, qui laissent place progressivement à une période de latence laissant elle même apparaître le syndrome psycho-traumatique proprement dit.

Quelles perceptions de cette temporalité propre au trauma en ont les victimes ?

Le temps du trauma est un temps de rupture, il provoque une altération profonde de la temporalité de l’individu.

Il n’existe plus de continuité passé/présent/futur car au moment du traumatisme, c’est la vie d’avant qui s’arrête pour faire place à un présent figé (dans l’effroi et la mort) et insurmontable. Les symptômes de répétition (revivre indéfiniment le même moment) viennent envahir le sujet et rendre, petit à petit, son existence insupportable : le rythme nycthéméral est perturbé, les flashs et les cauchemars imposent une nouvelle cadence, alors même que les images et les perceptions restent immuables. Le traumatisé n’a plus aucune maîtrise sur ce qui lui arrive et a l’impression souvent de subir le déroulement de ses journées et de ses nuits. Figé à l’intérieur alors que le rythme de la vie à l’extérieur lui échappe.

Au regard de ce que vivent les victimes quotidiennement, on peut imaginer sans peine à quel point elles ressentent une impression d’avenir bouché. Il leur est impossible, dans un premier temps, de se projeter dans le futur et de concevoir que les choses peuvent évoluer (positivement) pour elles.

Mais ce n’est pas tout : on assiste aussi à une véritable reconstruction du passé, qui par le «filtre» du traumatisme va prendre une autre coloration. Cette relecture vise à réorganiser son histoire autour du trauma : certains souvenirs n’auront plus leur place et seront relégués dans les méandres obscurs de l’esprit alors que d’autres éléments s’imposeront au premier plan de la conscience. L’événement traumatique ne peut donc en aucun cas s’inscrire dans la continuité de la vie du sujet, à la différence du souvenir.

Quels soins spécifiques propose-t-on ?

Les professionnels découpent habituellement la situation traumatique en trois phases qui se succèdent dans le temps et qui déterminent le type de travail que l’on va proposer selon le moment où l’on intervient :

Phases :

Immédiate (heures qui suivent l’évènement) ? Post-immédiate (jours qui suivent) ? Moyen/long terme

Clinique :

L’évènement génère du stress ? suit une période de latence (évolution à bas bruit des symptômes) ? syndrome psycho-traumatique/chronicisation des troubles (y compris co-morbidité)

Prise en charge :

Défusing ? débriefing/IPPI ? psychothérapie

Le temps de l’intervention s’articule à la clinique du traumatisme, le défusing dans l’immédiat, le débriefing dans le post-immédiat, l’idée étant de prévenir le passage à la chronicité.

Concrètement, cela se traduit donc par des interventions séquencées :

- Stress dans l’immédiat = défusing,

- A quelques jours (apparition des premiers symptômes) = IPPI (Intervention Psychothérapeutique Post-Immédiate)/ groupes de parole,

- A plus long terme = suivis spécialisés en individuel ou psychothérapies.

Par rapport à la dimension temporelle, la prise en charge a pour objectif de mettre un point final à l’évènement (et ainsi de l’inscrire dans une succession chronologique) et de restaurer, pour le sujet, une continuité dans son existence. On signifie qu’il existe un passé (où se situe l’événement), un présent (celui des troubles et symptômes subis) et un avenir (à construire et à imaginer). Faire le lien entre avant / pendant et après (en restaurant donc une certaine temporalité) contribue à tenter de donner du sens à ce qui est arrivé.

Il existe ainsi une discordance entre le temps traumatique du sujet blessé, le temps du trauma décrit objectivement et les modalités proposées de prise en charge.

Qu’en est-il pour les familles ?