Traumatisme et famille - 11

Qu’est-ce qu’être tuteur de résilience ?

Quand la famille est débordée, par exemple par un deuil traumatique, le thérapeute familial (si une thérapie familiale est proposée), va alors, par sa position engagée et empathique, être support de ou tuteur de résilience familiale.

Le deuil traumatique (Delage 2009) correspond à ces situations où l’endeuillé est en même temps une victime directe. Il a vécu le drame. Il était là impuissant ou responsable (accident de la route). La douleur de la perte est associée à la culpabilité de n’avoir pu sauver ou d’avoir tué celui ou ceux qui sont décédés.

Le deuil est un travail psychique individuel, mais il est contextué par le travail psychique des autres. Il peut se produire des lésions dans les liens qui unissent les uns aux autres.

Le piège traumatique : est caractérisé par la proximité douloureuse et insupportable dans laquelle se trouve enfermées des personnes réunies par un drame et la souffrance qui l’accompagne, sans pouvoir  en parler, se parler, ou parler d’autre chose. C’est une douleur commune, non verbale qui se prolonge au-delà du temps nécessaire (plus de 6 mois). On n’est plus suffisamment attentif aux besoins des enfants, les tâches éducatives sont plus ou moins abandonnées, les rythmes de la vie quotidienne ne sont plus respectés, la communication s’appauvrit. La vie relationnelle s’assèche dans des comportements rigides et stéréotypés, tandis que la vie sociale devient inexistante. Le travail de deuil est collectivement bloqué. La dysfonctionnalité familiale a des conséquences qui portent :

- Sur la vie de chacun appauvrie et souffrante,

- Sur le développement des jeunes enfants,

- Sur la transmission du drame et ses effets aux générations suivantes.

Le thérapeute engagé au côté de la famille va être dans le moyen terme «une base de sécurité suppléante et provisoire».

Le premier objectif du thérapeute sera de redonner une base de sécurité à la famille (ce qui permet l’attachement secure).

Delage insiste beaucoup sur ce point, une des fonctions de la thérapie d’une famille impactée par le traumatisme serait de participer à retrouver une « base de sécurité interne familiale » compatible avec le développement de ses membres, qu’en est-il de cette notion ?

En quoi la famille pourrait elle être une base de sécurité ?

Bying Hall qui a travaillé avec Bowlby, puis lui a succédé à la Tavistock clinic, a voulu intégrer la théorie de l’attachement à l’approche systémique. Il a défini la base de sécurité familiale comme un cadre systémique qui permet de comprendre la configuration d’attachement familial en prenant en compte les influences mutuelles des attachements de chacun. Cette base de sécurité familiale offre un réseau fiable d’attention qui donne à chacun des membres un sentiment de sécurité suffisant pour pouvoir explorer le monde et se développer. Non seulement chacun collabore au soutien de celui qui en a besoin, mais chacun a aussi facilement accès aux membres de la famille élargie et l’ouverture sur l’extérieur est suffisante pour permettre d’y recruter des aides supplémentaires (Delage, 2003).

Si l’on se place au niveau du couple, le partenaire constitue la principale figure d’attachement à l’âge adulte, prenant la place qu’avaient les parents durant l’enfance (Guedeney et al., 2006).

De la sécurité à la mentalisation

Outre la base sécuritaire, la lecture attachementiste peut permettre de comprendre les modes communicationnels dans une famille : selon Fonagy et Target (1997), un attachement secure favorise le développement de « la capacité de conscience réflexive », c'est-à-dire la possibilité de réfléchir sur soi-même et sur les autres en termes d’états mentaux.

Lorsque la sécurité des attachements prédomine dans la famille, l’évènement vécu donne lieu à suffisamment d’échanges et d’informations pour que s’opèrent de continuelles constructions permettant de penser les émotions, de donner sens, « dans un entrecroisement constant entre ce qui est commun à tous et ce qui est propre à chacun »  (Delage, 2002).

De la même manière que l’attitude des parents a pu moduler les états affectifs de l’enfant pour donner sens à sa vie intérieure, la famille apparaît ici comme susceptible de moduler et de « traiter » les états émotionnels de celui qui a subi un évènement traumatique, relançant l’activité de représentation (Delage, 2002).

Reprenant  M. Bowen, M. Delage explique que si cette base de sécurité est mise en échec, le système communicationnel au sein de la famille tend à se fermer, chacun se repliant sur lui-même pour se protéger de l’anxiété de l’autre, à l’origine d’une relative « déliaison » entre les membres qui la composent. Cette base de sécurité risque d’être d’autant plus défaillante que la famille était engagée dans un dysfonctionnement chronique antérieur aux évènements subis.

Pour assurer la sécurité, l’environnement familial doit être en mesure d’écouter et de croire ce que la victime a à lui dire, sans subir lui-même trop de pression et d’émotion débordante, sans être trop sidéré par ce qu’il entend ou ce qu’il imagine. C’est pourquoi cet environnement doit être parfois lui-même contenu, soutenu par des interventions thérapeutiques visant à restaurer sa base de sécurité.

Quatre éléments sont alors à prendre en compte pour réaliser cet objectif (Delage, 2009) :

- Des communications claires et ouvertes dépourvues d’ambiguïté ou de confusion, adaptées à l’âge des interlocuteurs.

- Une expression libre des sentiments, dans le respect de l’architecture familiale (des frontières et des sous-systèmes). Dans la différentiation des plans conjugaux, parentaux, fraternels.

- Etre support de collaboration dans la résolution des problèmes, favoriser les complémentarités, réfléchir sur les modes de suppléances.

- Trouver un bon équilibre entre ouverture et fermeture familiale.